Les groupes sanguins érythrocytaires sont des antigènes exprimés à la surface de la membrane du globule rouge. Ils sont génétiquement induits et reconnus par des anticorps spécifiques. Lorsque des antigènes sont codés par les différentes formes alléliques d’un même gène on dit qu’ils appartiennent au même système de groupe sanguin. Par exemple les antigènes A et B, respectivement codés par les allèles A et B du gène ABO, appartiennent au système de groupe sanguin ABO. Le caractère immunogène de ces molécules s’oppose à la transfusion, la grossesse et parfois à la transplantation incompatible. On compte aujourd’hui près de 380 antigènes de groupes sanguins répartis dans 43 systèmes différents. Tous ces antigènes peuvent être regroupés, en fonction de leur nature biochimique, en deux grandes catégories :
· 1) Les antigènes de nature glucidique dont le chef de file est le système ABO. Il comporte 2 antigènes courants A et B codés respectivement par 2 allèles A et B. Ainsi un individu de groupe A possède l’allèle A qui code pour l’antigène A sur le globule rouge. Il en est de même pour le groupe B. Le sujet de groupe AB possède les deux allèles A et B et donc les deux antigènes. Enfin le sujet de groupe O possèdant en double dose (homozygotie) un allèle non fonctionnel O n’exprime aucun des deux antigènes. On dit que les allèles A et B sont codominants entre eux et dominants par rapport à O. Ces antigènes sont considérés comme de véritables groupes tissulaires, car ils ne sont pas restreints au globule rouge mais partagés par d’autres tissus comme l’endothélium vasculaire ou l’épithélium de nombreux organes (reins, foie, cœur, poumon) imposant un respect de compatibilité ABO en contexte de transplantation. Enfin ces antigènes ne sont pas propres à l’homme mais partagés par de nombreuses autres espèces incluant des microorganismes comme virus ou bactéries et notamment celles du microbiote. C’est l’exposition à ces antigènes bactériens qui explique la présence des anticorps ABO en dehors de toute stimulation inter humaine par transfusion ou grossesse comme défini dans le tableau 1. Ces anticorps, qui sont dits naturels (stimulation environnementale) et réguliers (présence constante), représentent un danger constant dès la première transfusion incompatible. Ils sont détectés par le groupage ABO.
Tableau 1
| Groupes ABO | Antigènes sur hématies | Anticorps dans plasma | Génotypes |
| A | A | Anti-B | A/A ou A/O |
| B | B | Anti-A | B/B ou B/O |
| AB | A et B | Aucun | A/B |
| O | Ni A ni B | Anti-A et Anti-B | O/O |
· 2) Les antigènes de nature protéique dont le chef de file est le RH « anciennement « Rhésus ». Ces antigènes étant propres à l’homme, les anticorps correspondants ne peuvent survenir qu’après une stimulation inter humaine, transfusion ou grossesse incompatibles (mère D- (« Rhésus négatif ») porteuse d’un fœtus D+ (« Rhésus positif ») par exemple). Ils sont dits immuns et irréguliers (inconstants) et sont détectés par la recherche d’anticorps irréguliers (RAI). Ils représentent un danger potentiel en cas de transfusion ou grossesse incompatibles.
En routine transfusionnelle 14 antigènes et leurs anticorps correspondants appartenant à 6 systèmes de groupes sanguins sont explorés par des analyses spécifiques. Outre le système ABO on explore :
· 1) Le système RH qui compte aujourd’hui 56 antigènes dont 5 sont recherchés en routine ;
o L’antigène D pour lequel on distingue le phénotype D+ (RH :1, 85%) (le fameux « Rhésus positif ») ou D- (RH :-1, 15%) (le fameux « Rhésus négatif). Sa détermination est faite de façon indissociable avec le groupage ABO dans le cadre de l’analyse groupage ABO-RH/D
o Les antigènes C (RH2) et c (RH4) pour lesquels on distingue les individus C+ et c+ (RH :2,4), C+ et c- (RH :2,-4) et C- et c+ (RH :-2,4)
o Les antigènes E (RH3) et e (RH5) pour lesquels on distingue les individus E+ et e+ (RH :3,5), E+ et e- (RH :3,-5) et E- et e+ (RH :-3,5)
· 2) Le système KEL qui compte aujourd’hui 36 antigènes dont 1 est exploré en routine, l’antigène K (KEL1) pour lequel on distingue le phénotype K+ (KEL :1, 9%) ou K- (K :-1, 91%).
La détermination des antigènes C/c, E/e et K est effectuée dans le cadre d’une analyse dénommée phénotype RH-KEL1.
· 3) Le système Duffy (FY) qui compte aujourd’hui 5 antigènes dont 2 sont recherchés en routine ; les antigènes Fya (FY1) et Fyb (FY2) qui déterminent les phénotypes : Fy(a+b+) (FY :1,2), Fy(a-b+) (FY :-1,2), Fy(a+b-) (FY :1,-2). Il convient de noter l’existence d’un phénotype Fy(a-b-) (FY :-1,-2) spécifique des populations originaires d’Afrique subsaharienne qui peut poser des problématiques transfusionnelles complexes notamment chez le drépanocytaire.
· 4) Le système Kidd (JK) qui compte aujourd’hui 3 antigènes dont 2 sont recherchés en routine ; les antigènes Jka (FY1) et Jkb (FY2) qui déterminent les phénotypes : Jk(a+b+) (JK :1,2), Jk(a-b+) (JK :-1,2), Jk(a+b-) (JK :1,-2).
· 5) Le système MNS qui compte aujourd’hui 50 antigènes dont 2 sont recherchés en routine ; les antigènes S (MNS3) et s (MNS4) qui déterminent les phénotypes : S+s (MNS :3,4), S-s+(MNS :-3,4), S+s- (MNS :3,-4).
La détermination des antigènes appartenant à ces 3 systèmes se fait dans le cadre de l’analyse dénommée phénotype étendu
Tableau 2
| Systèmes | Antigènes | Analyse permettant la recherche des antigènes | Analyse permettant la détection des anticorps |
| ABO | A et B | Groupage ABO-RH1/D | Groupage ABO |
| RH | D (RH1) |
RAI | |
| C (RH2), E (RH3), c (RH4), e (RH5) | Phénotype RH-KEL1/Rh-Kell | ||
| Kell (KEL) | K (KEL1) | ||
| Duffy (FY) | Fya (FY1), Fyb (FY2) | Phénotype étendu | |
| Kidd (JK) | Jka (JK1), Jkb (JK2) | ||
| MNS | S (MNS3), s (MNS4à |
() : nomenclature internationale
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Les groupes sanguins érythrocytaires sont des antigènes exprimés à la surface de la membrane du globule rouge. Ils sont génétiquement induits et reconnus par des anticorps spécifiques. Lorsque des antigènes sont codés par les différentes formes alléliques d’un même gène on dit qu’ils appartiennent au même système de groupe sanguin. Par exemple les antigènes A et B, respectivement codés par les allèles A et B du gène ABO, appartiennent au système de groupe sanguin ABO. Le caractère immunogène de ces molécules s’oppose à la transfusion, la grossesse et parfois à la transplantation incompatible. On compte aujourd’hui près de 380 antigènes de groupes sanguins répartis dans 43 systèmes différents. Tous ces antigènes peuvent être regroupés, en fonction de leur nature biochimique, en deux grandes catégories :
· 1) Les antigènes de nature glucidique dont le chef de file est le système ABO. Il comporte 2 antigènes courants A et B codés respectivement par 2 allèles A et B. Ainsi un individu de groupe A possède l’allèle A qui code pour l’antigène A sur le globule rouge. Il en est de même pour le groupe B. Le sujet de groupe AB possède les deux allèles A et B et donc les deux antigènes. Enfin le sujet de groupe O possèdant en double dose (homozygotie) un allèle non fonctionnel O n’exprime aucun des deux antigènes. On dit que les allèles A et B sont codominants entre eux et dominants par rapport à O. Ces antigènes sont considérés comme de véritables groupes tissulaires, car ils ne sont pas restreints au globule rouge mais partagés par d’autres tissus comme l’endothélium vasculaire ou l’épithélium de nombreux organes (reins, foie, cœur, poumon) imposant un respect de compatibilité ABO en contexte de transplantation. Enfin ces antigènes ne sont pas propres à l’homme mais partagés par de nombreuses autres espèces incluant des microorganismes comme virus ou bactéries et notamment celles du microbiote. C’est l’exposition à ces antigènes bactériens qui explique la présence des anticorps ABO en dehors de toute stimulation inter humaine par transfusion ou grossesse comme défini dans le tableau 1. Ces anticorps, qui sont dits naturels (stimulation environnementale) et réguliers (présence constante), représentent un danger constant dès la première transfusion incompatible. Ils sont détectés par le groupage ABO.
Tableau 1
| Groupes ABO | Antigènes sur hématies | Anticorps dans plasma | Génotypes |
| A | A | Anti-B | A/A ou A/O |
| B | B | Anti-A | B/B ou B/O |
| AB | A et B | Aucun | A/B |
| O | Ni A ni B | Anti-A et Anti-B | O/O |
· 2) Les antigènes de nature protéique dont le chef de file est le RH « anciennement « Rhésus ». Ces antigènes étant propres à l’homme, les anticorps correspondants ne peuvent survenir qu’après une stimulation inter humaine, transfusion ou grossesse incompatibles (mère D- (« Rhésus négatif ») porteuse d’un fœtus D+ (« Rhésus positif ») par exemple). Ils sont dits immuns et irréguliers (inconstants) et sont détectés par la recherche d’anticorps irréguliers (RAI). Ils représentent un danger potentiel en cas de transfusion ou grossesse incompatibles.
En routine transfusionnelle 14 antigènes et leurs anticorps correspondants appartenant à 6 systèmes de groupes sanguins sont explorés par des analyses spécifiques. Outre le système ABO on explore :
· 1) Le système RH qui compte aujourd’hui 56 antigènes dont 5 sont recherchés en routine ;
o L’antigène D pour lequel on distingue le phénotype D+ (RH :1, 85%) (le fameux « Rhésus positif ») ou D- (RH :-1, 15%) (le fameux « Rhésus négatif). Sa détermination est faite de façon indissociable avec le groupage ABO dans le cadre de l’analyse groupage ABO-RH/D
o Les antigènes C (RH2) et c (RH4) pour lesquels on distingue les individus C+ et c+ (RH :2,4), C+ et c- (RH :2,-4) et C- et c+ (RH :-2,4)
o Les antigènes E (RH3) et e (RH5) pour lesquels on distingue les individus E+ et e+ (RH :3,5), E+ et e- (RH :3,-5) et E- et e+ (RH :-3,5)
· 2) Le système KEL qui compte aujourd’hui 36 antigènes dont 1 est exploré en routine, l’antigène K (KEL1) pour lequel on distingue le phénotype K+ (KEL :1, 9%) ou K- (K :-1, 91%).
La détermination des antigènes C/c, E/e et K est effectuée dans le cadre d’une analyse dénommée phénotype RH-KEL1.
· 3) Le système Duffy (FY) qui compte aujourd’hui 5 antigènes dont 2 sont recherchés en routine ; les antigènes Fya (FY1) et Fyb (FY2) qui déterminent les phénotypes : Fy(a+b+) (FY :1,2), Fy(a-b+) (FY :-1,2), Fy(a+b-) (FY :1,-2). Il convient de noter l’existence d’un phénotype Fy(a-b-) (FY :-1,-2) spécifique des populations originaires d’Afrique subsaharienne qui peut poser des problématiques transfusionnelles complexes notamment chez le drépanocytaire.
· 4) Le système Kidd (JK) qui compte aujourd’hui 3 antigènes dont 2 sont recherchés en routine ; les antigènes Jka (FY1) et Jkb (FY2) qui déterminent les phénotypes : Jk(a+b+) (JK :1,2), Jk(a-b+) (JK :-1,2), Jk(a+b-) (JK :1,-2).
· 5) Le système MNS qui compte aujourd’hui 50 antigènes dont 2 sont recherchés en routine ; les antigènes S (MNS3) et s (MNS4) qui déterminent les phénotypes : S+s (MNS :3,4), S-s+(MNS :-3,4), S+s- (MNS :3,-4).
La détermination des antigènes appartenant à ces 3 systèmes se fait dans le cadre de l’analyse dénommée phénotype étendu
Tableau 2
| Systèmes | Antigènes | Analyse permettant la recherche des antigènes | Analyse permettant la détection des anticorps |
| ABO | A et B | Groupage ABO-RH1/D | Groupage ABO |
| RH | D (RH1) |
RAI | |
| C (RH2), E (RH3), c (RH4), e (RH5) | Phénotype RH-KEL1/Rh-Kell | ||
| Kell (KEL) | K (KEL1) | ||
| Duffy (FY) | Fya (FY1), Fyb (FY2) | Phénotype étendu | |
| Kidd (JK) | Jka (JK1), Jkb (JK2) | ||
| MNS | S (MNS3), s (MNS4à |
() : nomenclature internationale