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Connaître les principales représentations et les pratiques sociales autour de la mort (anthropologie) OIC-014-01-A

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Si chacun de nous sera confronté à la mort, celle-ci reste avant tout l’affaire de « ceux qui restent », donc des vivants endeuillés. La mort apparaît ainsi non pas comme un phénomène seulement biologique : la mort est toujours un événement social, différemment ritualisé selon les cultures et les religions. À cet égard, la théorie des cinq phases du deuil élaborée en 1970 par la psychiatre Elisabeth Kübler-Ross (déni, colère, marchandage, dépression, acceptation) est une construction très située : elle propose une normalisation du deuil à la fois médicocentrée et occidentalocentrée, ignorant largement à la fois la diversité des facteurs socio-culturels, l’historicité des rapports à la mort et les acquis de la connaissance anthropologique.

Il n’y a ni définition universelle du deuil ni signification universelle de la mort, qui vaudraient pour toutes les cultures, même si la ritualisation de la mort constitue un invariant anthropologique. Dans la plupart des sociétés traditionnelles, la mort est plutôt vue comme un processus, qui fait passer du monde des vivants au monde des morts au travers de différents types de rituels, marquant la mort biologique, le deuil et la mort sociale. Ces marqueurs de la mort et du deuil sont repérables aussi dans les sociétés modernes, et historiquement codifiés par les cultes monothéistes. Mais, dans la phase actuelle du phénomène de sécularisation marquant ces sociétés (explication rationnelle des phénomènes naturels et sociaux, progrès des connaissances scientifiques et techniques, laïcisation des mœurs, désagrégation des communautés traditionnelles et individualisation des parcours de vie), on meurt de plus en plus souvent dans des institutions qui sont situées à l’écart de la vie sociale, comme s’il fallait se retirer socialement avant de s’éteindre biologiquement. Même dans le cas où l’on souhaite mourir à domicile, le prolongement de la phase d’agonie rend très difficile un accompagnement par les proches jusqu’à la fin de la vie, celle-ci tendant à être recouverte, et retardée d’une façon éprouvante, par cette période à part entière, entre la vie et la mort, que l’on nomme aujourd’hui la « fin de vie ».

Cette situation apparaît comme l’aboutissement actuel d’un changement historique dans la perception de la mort et du rôle de la médecine. Depuis le 19e siècle en effet, la médecine cesse progressivement de se limiter au constat de la mort, considérée comme un passage dans l’au-delà (l’appel du médecin au chevet du mourant préludant ainsi à la venue du prêtre pour donner les saints sacrements, dans le cas de la religion catholique), mais elle vise de plus en plus à prolonger la vie. Plus la vie et son terme deviennent objets de connaissance (et d’interventions techniques), plus l’inscription de la mort dans une forme de continuité signifiante avec l’existence (notamment sous la forme d’un accomplissement spirituel, diversement ritualisé selon les systèmes de références religieuses) perd en évidence. C’est une telle évolution que vise et résume la phrase de Norbert Elias dans La Solitude des mourants : « Ce n’est pas véritablement la mort, mais le savoir sur la mort qui crée des problèmes à l’homme ».

Au fil de l’évolution de nos savoirs, ces « problèmes » se sont modifiés. À partir du 19e siècle, avec l’avènement de la médecine scientifique et la recherche d’une preuve indubitable de la mort, se développe la hantise de l’inhumation prématurée. Au 20e siècle, les progrès de la médecine ont conduit à une médicalisation de la mort et à sa redéfinition, avec en particulier l’imposition progressive du critère de la mort encéphalique (lié aux préoccupations de prélèvement d’organes en vue de greffes et de transplantations). Au début du 21e siècle, le rapport à la mort paraît lié à des peurs ou des angoisses nouvelles, fruits des évolutions des deux siècles précédents (parmi lesquelles, notamment, les progrès de la réanimation) ; cela concerne des états qui ne sont plus tout à fait la vie et cependant pas encore la mort : comas, états végétatifs, longues « fins de vie », etc.




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Si chacun de nous sera confronté à la mort, celle-ci reste avant tout l’affaire de « ceux qui restent », donc des vivants endeuillés. La mort apparaît ainsi non pas comme un phénomène seulement biologique : la mort est toujours un événement social, différemment ritualisé selon les cultures et les religions. À cet égard, la théorie des cinq phases du deuil élaborée en 1970 par la psychiatre Elisabeth Kübler-Ross (déni, colère, marchandage, dépression, acceptation) est une construction très située : elle propose une normalisation du deuil à la fois médicocentrée et occidentalocentrée, ignorant largement à la fois la diversité des facteurs socio-culturels, l’historicité des rapports à la mort et les acquis de la connaissance anthropologique.

Il n’y a ni définition universelle du deuil ni signification universelle de la mort, qui vaudraient pour toutes les cultures, même si la ritualisation de la mort constitue un invariant anthropologique. Dans la plupart des sociétés traditionnelles, la mort est plutôt vue comme un processus, qui fait passer du monde des vivants au monde des morts au travers de différents types de rituels, marquant la mort biologique, le deuil et la mort sociale. Ces marqueurs de la mort et du deuil sont repérables aussi dans les sociétés modernes, et historiquement codifiés par les cultes monothéistes. Mais, dans la phase actuelle du phénomène de sécularisation marquant ces sociétés (explication rationnelle des phénomènes naturels et sociaux, progrès des connaissances scientifiques et techniques, laïcisation des mœurs, désagrégation des communautés traditionnelles et individualisation des parcours de vie), on meurt de plus en plus souvent dans des institutions qui sont situées à l’écart de la vie sociale, comme s’il fallait se retirer socialement avant de s’éteindre biologiquement. Même dans le cas où l’on souhaite mourir à domicile, le prolongement de la phase d’agonie rend très difficile un accompagnement par les proches jusqu’à la fin de la vie, celle-ci tendant à être recouverte, et retardée d’une façon éprouvante, par cette période à part entière, entre la vie et la mort, que l’on nomme aujourd’hui la « fin de vie ».

Cette situation apparaît comme l’aboutissement actuel d’un changement historique dans la perception de la mort et du rôle de la médecine. Depuis le 19e siècle en effet, la médecine cesse progressivement de se limiter au constat de la mort, considérée comme un passage dans l’au-delà (l’appel du médecin au chevet du mourant préludant ainsi à la venue du prêtre pour donner les saints sacrements, dans le cas de la religion catholique), mais elle vise de plus en plus à prolonger la vie. Plus la vie et son terme deviennent objets de connaissance (et d’interventions techniques), plus l’inscription de la mort dans une forme de continuité signifiante avec l’existence (notamment sous la forme d’un accomplissement spirituel, diversement ritualisé selon les systèmes de références religieuses) perd en évidence. C’est une telle évolution que vise et résume la phrase de Norbert Elias dans La Solitude des mourants : « Ce n’est pas véritablement la mort, mais le savoir sur la mort qui crée des problèmes à l’homme ».

Au fil de l’évolution de nos savoirs, ces « problèmes » se sont modifiés. À partir du 19e siècle, avec l’avènement de la médecine scientifique et la recherche d’une preuve indubitable de la mort, se développe la hantise de l’inhumation prématurée. Au 20e siècle, les progrès de la médecine ont conduit à une médicalisation de la mort et à sa redéfinition, avec en particulier l’imposition progressive du critère de la mort encéphalique (lié aux préoccupations de prélèvement d’organes en vue de greffes et de transplantations). Au début du 21e siècle, le rapport à la mort paraît lié à des peurs ou des angoisses nouvelles, fruits des évolutions des deux siècles précédents (parmi lesquelles, notamment, les progrès de la réanimation) ; cela concerne des états qui ne sont plus tout à fait la vie et cependant pas encore la mort : comas, états végétatifs, longues « fins de vie », etc.



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