Connaître les repères cliniques, relationnels et légaux lorsqu'un patient formule une demande de sédation pour détresse OIC-141-05-B
Repères généraux
- Prise en compte de la demande comme expression d’une souffrance en phase terminale, que la détresse soit physique, psychique, sociale, spirituelle ou existentielle
- Analyse approfondie de la demande de manière multidisciplinaire, en l’inscrivant dans le vécu et dans l’histoire du patient (tant dans le champ de sa maladie que de son existence)
- Délibération collective multidisciplinaire indispensable pour construire une analyse globale de la situation et pour s’assurer, si l’indication est retenue, qu’il n’y a pas d’autre alternative
- Procédure collégiale obligatoire pour discuter la réponse, favorable ou non, à la demande du patient lorsqu'il s'agit d'une demande de sédation profonde et continue maintenue jusqu'au décès
Repères cliniques
- Croiser les diverses informations recueillies par les différents professionnels de santé (reprise du parcours médical, recueil des paroles du patient, description de son comportement actuel, compréhension de son état psychique ou psychologique, analyse du contexte relationnel et de l’entourage, analyse de l’attitude des soignants, etc.)
- Recours à des tiers (équipe mobile de soins palliatifs, psychologue, psychiatre, experts de la maladie, etc.)
- Rechercher des alternatives autres que la sédation pour soulager le patient (approches psychocorporelles, ajustement des antalgiques, traitements symptomatiques, psychotropes, discussion sur la proportionnalité des traitements, rencontre avec l’entourage, retour à domicile, etc.)
- Identifier si la demande du patient correspond à une indication de sédation profonde et continue maintenue jusqu’au décès, telle que prévue par la loi de 2016
- Identifier, le cas échéant, si la demande du patient s’inscrit dans les indications et recommandations de pratiques sédatives en situation terminale
- Lorsque la demande survient en situation d'urgence vitale inconfortable, il s'agit de s'assurer que le patient est en phase avancée ou terminale de sa maladie (ne relevant pas d'une prise en charge réanimatoire), que le pronostic vital est bien engagé à court terme, que la situation aiguë est vécue comme insupportable par le patient et qu'aucun autre moyen ne permettrait son soulagement
Repères relationnels
- Signifier au patient que l’on entend sa demande et préserver la communication (même si cette demande a un impact émotionnel, tant du côté du médecin que du côté du patient)
- Chercher à comprendre ce qui motive une telle demande, le vécu du patient et comment cette demande s’inscrit dans son histoire, en lien éventuellement avec son entourage
- Assumer une certaine temporalité dans la réponse à cette demande, le temps de son analyse et de l’évaluation de la situation
- Informer le patient de la possibilité ou non de répondre à sa demande et en le justifiant avec une traçabilité dans le dossier médical
- Lorsque la demande survient en situation d'urgence vitale inconfortable, il s'agit de vérifier si la possibilité d'une sédation dans ce contexte avait été anticipée avec le patient et également de s'assurer de son consentement à une telle pratique (anticipée ou non). Le calme et la réassurance sont indispensables pour chercher à apaiser le patient, ainsi que l'information de la mise en oeuvre d'une sédation et de ses conséquences (perte de la possibilité de communiquer notamment)
Repères légaux
- L’article 3 de la loi n°2016-87 du 2 février 2016 créant de nouveaux droits en faveur des malades et des personnes en fin de vie autorise les patients à demander une sédation profonde et continue jusqu’au décès dans certaines situations singulières
- L’article 4 de cette même loi précise que toute personne a le droit de recevoir des traitements et des soins visant à soulager sa souffrance, par des moyens analgésiques et sédatifs pour répondre à une souffrance réfractaire en phase avancée ou terminale, même s’ils peuvent avoir comme effet d’abréger la vie
- L’article 2 de la loi n°2005-370 du 22 avril 2005 relative aux droits des malades et à la fin de vie prévoyait déjà la possibilité de recourir à des pratiques sédatives lorsque le médecin ne peut soulager la souffrance d’une personne, en phase avancée ou terminale d’une affection grave et incurable
Voir: 2C-141-DP-B01 Connaître les indications des pratiques sédatives; Obstination déraisonnable et limitation. Cadre législatif, fondements philosophiques et éthiques* 2C-009-PC-A06