Version Novembre 2024
Les systèmes d’aide à la décision médicale
Du fait de l’augmentation continue des connaissances, il est difficile pour les professionnels de santé de se tenir à jour des dernières recommandations de prise en charge pour les différentes pathologies qu’ils ont à traiter. Aider à la décision, c’est proposer au décideur les prises en charge validées (en anglais, on parle de process pour qualifier les soins prodigués) capables de produire les meilleurs résultats chez les patients (en anglais, on parle de clinical outcomes pour qualifier les bénéfices cliniques). Les outils et ressources permettant d’aider la décision sont multiples, et varient selon leur mode d’utilisation, leur complexité, les tâches qu’ils assistent, et leurs supports.
Les systèmes informatisés capables de délivrer une information personnalisée en fonction de caractéristiques patient sont qualifiés de systèmes d’aide à la décision médicale (SADM) ou Clinical Decision Support Systems (CDSSs). Ils sont définis comme des applications logicielles fournissant aux cliniciens et aux patients des informations cliniques ou des données relatives au patient, intelligemment filtrées et présentées au moment opportun pour faciliter la décision de prise en charge. Les SADM ont prouvé qu’ils étaient des outils ayant le potentiel d’améliorer la conformité des décisions aux recommandations préconisées par l’état de l’art.
On distingue trois types de SADM selon les ressources sur lesquelles fonctionnent leurs algorithmes :
Des systèmes d’aide à la décision pour chaque étape du parcours de soins
Il existe une multitude de SADM dont les modèles sous-jacents vont du plus simple à l’extrêmement complexe. De même, les domaines d’intervention où les SADM peuvent être mobilisés dans une pratique médicale sont variés.
Ressources pour l’aide à la décision
Les ressources documentaires à l’origine des bases de connaissances des systèmes d’aide à la décision logico-symboliques sont habituellement textuelles et exprimées en langage naturel. Il s’agit des manuels de sémiologie pour l’aide au diagnostic, des Résumés des Caractéristiques du Produits (RCP) pour l’aide à la prescription et des guides de bonnes pratiques pour l’aide à la décision thérapeutique. Ces textes doivent d’abord être traduits dans un format computationnel (structuration du contenu et codage dans un formalisme de représentation des connaissances) avant d’être utilisés pour construire les bases de connaissances des SADM. Shiffman (chercheur à Yale, New Haven, Connecticut, États-Unis) a proposé une séquence d’étapes permettant de contrôler la formalisation du contenu des textes : l’atomisation pour identifier les notions d’intérêt, incluant la normalisation des libellés et leur catégorisation en variables de décision (caractérisant la situation clinique) et variables d’action (caractérisant l’action recommandée) ; la désabstraction pour quantifier les notions et les rendre exploitables par un traitement informatisé (par exemple, passer de « fièvre élevée » à « fièvre > 38°C »); la désambiguïsation pour éliminer les ambiguïtés du texte et figer, si nécessaire, l’interprétation, c’est-à-dire, prendre un parti pris (par exemple,passer de « il faudrait éviter les beta-bloquants » à « il faut éviter les beta-bloquants »), et la complétion pour compléter l’ensemble des profils cliniques couverts par les guides de bonnes pratiques.
Pour les systèmes d’aide au diagnostic, les bases de connaissances peuvent être représentées sous la forme de règles de production liant les critères décrivant le tableau clinique et les symptômes aux diagnostics possibles. On pourra citer Aidediag pour les médecins généralistes (payant), et les symptom checkers à destination du grand public qui permettent d’évaluer le niveau d’urgence d’une situation clinique et d’orienter les patients vers le service médical adéquat (pharmacien, médecin généraliste, ou service d’urgences), notamment le symptom-checker de la Mayo Clinic (https://www.mayoclinic.org/symptom-checker/select-symptom/itt-20009075) ou Symptomate disponible en français en français (https://symptomate.com/fr).
Pour l’aide à la prescription, le travail de formalisation des RCP est réalisé par les éditeurs de base de données médicamenteuses. Le répertoire des médicaments comportant l’extrait, le RCP et la notice patient est publié par l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé (ANSM). Les principales bases de données médicamenteuses sont Thériaque , Thésorimed , la base Claude Bernard (BCB), et Vidal. On notera que la base de données publique des médicaments (https://base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr/), mise en ligne par l’ANSM, n’est pas une ressource exploitable par les LAP.
En ce qui concerne l’aide à la décision thérapeutique, les ressources sont les guides de bonnes pratiques diffusés par les agences nationales en charge de la qualité des soins : la Haute Autorité de Santé (HAS) en France, le NICE au Royaume Uni. Le site équivalent aux États-Unis, le National Guideline Clearinghouse, maintenu par l’AHRQ a fermé en 2018 suite à l’arrêt des financements fédéraux.
Les systèmes d’aide à la décision à base de données sont entraînés sur des données massives, d’images annotées en radiologie ou en anatomopathologie (lames virtuelles), ou sur des corpus de textes pour l’aide à la décision nécessitant la mise en œuvre de méthodes de traitement du langage naturel (synthèse d’un dossier patient, recherche d’information, etc.). Outre les entrepôts de données cliniques qui sont en cours de construction dans les établissements de santé, le Health Data Hub (groupement d’intérêt public) regroupe les données des organismes publics (dont celles du Système National des Données de Santé (SNDS)), des informations de l’Assurance Maladie et des hôpitaux français afin de les rendre accessibles pour les travaux de recherche. L’accès et l’analyse de données personnelles de santé sont très encadrés en France. Si les données sont parfaitement anonymes, les porteurs de projet peuvent accéder librement aux données. Si elles ne le sont pas parfaitement, il est nécessaire d’obtenir une autorisation de la CNIL avant la mise en œuvre du projet. L’intérêt public et l’éthique du projet devra être validé par le Comité Éthique et Scientifique pour les Recherches, les Études et les Évaluations dans le domaine de la Santé (CESREES).
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Version Novembre 2024
Les systèmes d’aide à la décision médicale
Du fait de l’augmentation continue des connaissances, il est difficile pour les professionnels de santé de se tenir à jour des dernières recommandations de prise en charge pour les différentes pathologies qu’ils ont à traiter. Aider à la décision, c’est proposer au décideur les prises en charge validées (en anglais, on parle de process pour qualifier les soins prodigués) capables de produire les meilleurs résultats chez les patients (en anglais, on parle de clinical outcomes pour qualifier les bénéfices cliniques). Les outils et ressources permettant d’aider la décision sont multiples, et varient selon leur mode d’utilisation, leur complexité, les tâches qu’ils assistent, et leurs supports.
Les systèmes informatisés capables de délivrer une information personnalisée en fonction de caractéristiques patient sont qualifiés de systèmes d’aide à la décision médicale (SADM) ou Clinical Decision Support Systems (CDSSs). Ils sont définis comme des applications logicielles fournissant aux cliniciens et aux patients des informations cliniques ou des données relatives au patient, intelligemment filtrées et présentées au moment opportun pour faciliter la décision de prise en charge. Les SADM ont prouvé qu’ils étaient des outils ayant le potentiel d’améliorer la conformité des décisions aux recommandations préconisées par l’état de l’art.
On distingue trois types de SADM selon les ressources sur lesquelles fonctionnent leurs algorithmes :
Des systèmes d’aide à la décision pour chaque étape du parcours de soins
Il existe une multitude de SADM dont les modèles sous-jacents vont du plus simple à l’extrêmement complexe. De même, les domaines d’intervention où les SADM peuvent être mobilisés dans une pratique médicale sont variés.
Ressources pour l’aide à la décision
Les ressources documentaires à l’origine des bases de connaissances des systèmes d’aide à la décision logico-symboliques sont habituellement textuelles et exprimées en langage naturel. Il s’agit des manuels de sémiologie pour l’aide au diagnostic, des Résumés des Caractéristiques du Produits (RCP) pour l’aide à la prescription et des guides de bonnes pratiques pour l’aide à la décision thérapeutique. Ces textes doivent d’abord être traduits dans un format computationnel (structuration du contenu et codage dans un formalisme de représentation des connaissances) avant d’être utilisés pour construire les bases de connaissances des SADM. Shiffman (chercheur à Yale, New Haven, Connecticut, États-Unis) a proposé une séquence d’étapes permettant de contrôler la formalisation du contenu des textes : l’atomisation pour identifier les notions d’intérêt, incluant la normalisation des libellés et leur catégorisation en variables de décision (caractérisant la situation clinique) et variables d’action (caractérisant l’action recommandée) ; la désabstraction pour quantifier les notions et les rendre exploitables par un traitement informatisé (par exemple, passer de « fièvre élevée » à « fièvre > 38°C »); la désambiguïsation pour éliminer les ambiguïtés du texte et figer, si nécessaire, l’interprétation, c’est-à-dire, prendre un parti pris (par exemple,passer de « il faudrait éviter les beta-bloquants » à « il faut éviter les beta-bloquants »), et la complétion pour compléter l’ensemble des profils cliniques couverts par les guides de bonnes pratiques.
Pour les systèmes d’aide au diagnostic, les bases de connaissances peuvent être représentées sous la forme de règles de production liant les critères décrivant le tableau clinique et les symptômes aux diagnostics possibles. On pourra citer Aidediag pour les médecins généralistes (payant), et les symptom checkers à destination du grand public qui permettent d’évaluer le niveau d’urgence d’une situation clinique et d’orienter les patients vers le service médical adéquat (pharmacien, médecin généraliste, ou service d’urgences), notamment le symptom-checker de la Mayo Clinic (https://www.mayoclinic.org/symptom-checker/select-symptom/itt-20009075) ou Symptomate disponible en français en français (https://symptomate.com/fr).
Pour l’aide à la prescription, le travail de formalisation des RCP est réalisé par les éditeurs de base de données médicamenteuses. Le répertoire des médicaments comportant l’extrait, le RCP et la notice patient est publié par l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé (ANSM). Les principales bases de données médicamenteuses sont Thériaque , Thésorimed , la base Claude Bernard (BCB), et Vidal. On notera que la base de données publique des médicaments (https://base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr/), mise en ligne par l’ANSM, n’est pas une ressource exploitable par les LAP.
En ce qui concerne l’aide à la décision thérapeutique, les ressources sont les guides de bonnes pratiques diffusés par les agences nationales en charge de la qualité des soins : la Haute Autorité de Santé (HAS) en France, le NICE au Royaume Uni. Le site équivalent aux États-Unis, le National Guideline Clearinghouse, maintenu par l’AHRQ a fermé en 2018 suite à l’arrêt des financements fédéraux.
Les systèmes d’aide à la décision à base de données sont entraînés sur des données massives, d’images annotées en radiologie ou en anatomopathologie (lames virtuelles), ou sur des corpus de textes pour l’aide à la décision nécessitant la mise en œuvre de méthodes de traitement du langage naturel (synthèse d’un dossier patient, recherche d’information, etc.). Outre les entrepôts de données cliniques qui sont en cours de construction dans les établissements de santé, le Health Data Hub (groupement d’intérêt public) regroupe les données des organismes publics (dont celles du Système National des Données de Santé (SNDS)), des informations de l’Assurance Maladie et des hôpitaux français afin de les rendre accessibles pour les travaux de recherche. L’accès et l’analyse de données personnelles de santé sont très encadrés en France. Si les données sont parfaitement anonymes, les porteurs de projet peuvent accéder librement aux données. Si elles ne le sont pas parfaitement, il est nécessaire d’obtenir une autorisation de la CNIL avant la mise en œuvre du projet. L’intérêt public et l’éthique du projet devra être validé par le Comité Éthique et Scientifique pour les Recherches, les Études et les Évaluations dans le domaine de la Santé (CESREES).