L’émergence de la bioéthique dans la seconde moitié du 20e siècle s’inscrit dans un mouvement plus vaste de questionnement sur les sciences et les techniques, sur l’accroissement de nos capacités d’action et les nouvelles dimensions de notre responsabilité.
V.R. Potter, biologiste et cancérologue, qui « inventa » le terme bioéthique au début des années 70, la voyait comme « une éthique globale pour la survie de l’être humain et de la planète ». Il souhaitait une alliance entre sciences biologiques et éthique, entre sciences et humanités, et un contrôle social des savoirs et des progrès scientifiques.
La création en 1971 du Kennedy Institute of Ethics à l’université de Georgetown aux Etats-Unis a toutefois restreint la bioéthique au domaine médical. La sociologue américaine R. Fox a distingué trois étapes dans le développement de la bioéthique. Dans les années 60, celui-ci s’inscrit d’abord dans le cadre d’une prise de conscience des problèmes (expérimentation médicale, réanimation et transplantations d’organes…), et les acteurs religieux vont investir le champ de la réflexion. Dans les années 70, juristes et philosophes vont séculariser la réflexion et contribuer à l’élaboration de cadres réglementaires : la nécessité d’une réflexion rationnelle et argumentative et la reconnaissance de principes fondamentaux vont être mises en avant. Dans les années 90, les questions et préoccupations économiques s’invitent dans les débats et les enjeux de justice apparaissent de plus en plus importants dans un contexte de ressources de plus en plus contraintes.
Dans les dernières décennies, les questions soulevées par les progrès médicaux (procréation, génétique, médecine prédictive, neurosciences, intelligence artificielle…) portent de plus en plus sur la définition et le devenir de notre humanité. Ainsi, le slogan des Etats Généraux de la Bioéthique en 2018 était-il « Quel monde voulons-nous pour demain ? »
En effet, l’évolution contemporaine de la médecine a déplacé les frontières de l’intervention thérapeutique : en amont de la maladie (dépistages, prévention, procréation…) et en aval (fin de vie, réanimation, transplantations d’organes…). Dans la plupart de ces domaines, les enjeux sont autant, voire davantage, sociétaux que médicaux ! L’intervention de la médecine aux frontières de l’existence accroit le champ de notre responsabilité collective et transforme les pratiques médicales en problèmes de société à forts enjeux moraux (qui doit naître et mourir et dans quelles conditions ?). Ainsi, les questions soulevées par ces pratiques doivent être discutées de façon rationnelle et pluraliste.
Par ailleurs, la mondialisation de la biomédecine occidentale mondialise également les questions éthiques associées à son développement. En 2005, l’UNESCO publiait une Déclaration universelle sur la bioéthique et les droits de l’homme, et en 2015 un ouvrage intitulé Pourquoi une bioéthique globale ? En 2005, la World Medical Association publiait un Manuel d’éthique médicale destiné aux « médecins et étudiants en médecine du monde entier ».
La bioéthique devrait ainsi suivre le développement de la biomédecine à travers le monde et s’imposer comme modèle. Mais ce sont les valeurs occidentales que l’on cherche à diffuser internationalement, soit certaines conceptions de la maladie, de la vie et de la mort, ou des principes comme celui d’autonomie, dans des contextes socio-culturels très différents. Une bioéthique globale ou universelle est-elle possible sans se transformer en imposition d’une pensée dominante ?
Aujourd’hui, contrairement à la vision qu’en avait V.R. Potter, la bioéthique constitue donc un sous-ensemble de l’éthique en santé ; elle concerne les questions soulevées par l’émergence des nouvelles biotechnologies et les questions que posent l’application à l’homme de ces avancées scientifiques. Elle a ainsi pour objet d’explorer des questions suscitées par l’avancement et l’application des technosciences biomédicales, et d'analyser le passage entre ce « qui est possible » et « ce qui doit être ».
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L’émergence de la bioéthique dans la seconde moitié du 20e siècle s’inscrit dans un mouvement plus vaste de questionnement sur les sciences et les techniques, sur l’accroissement de nos capacités d’action et les nouvelles dimensions de notre responsabilité.
V.R. Potter, biologiste et cancérologue, qui « inventa » le terme bioéthique au début des années 70, la voyait comme « une éthique globale pour la survie de l’être humain et de la planète ». Il souhaitait une alliance entre sciences biologiques et éthique, entre sciences et humanités, et un contrôle social des savoirs et des progrès scientifiques.
La création en 1971 du Kennedy Institute of Ethics à l’université de Georgetown aux Etats-Unis a toutefois restreint la bioéthique au domaine médical. La sociologue américaine R. Fox a distingué trois étapes dans le développement de la bioéthique. Dans les années 60, celui-ci s’inscrit d’abord dans le cadre d’une prise de conscience des problèmes (expérimentation médicale, réanimation et transplantations d’organes…), et les acteurs religieux vont investir le champ de la réflexion. Dans les années 70, juristes et philosophes vont séculariser la réflexion et contribuer à l’élaboration de cadres réglementaires : la nécessité d’une réflexion rationnelle et argumentative et la reconnaissance de principes fondamentaux vont être mises en avant. Dans les années 90, les questions et préoccupations économiques s’invitent dans les débats et les enjeux de justice apparaissent de plus en plus importants dans un contexte de ressources de plus en plus contraintes.
Dans les dernières décennies, les questions soulevées par les progrès médicaux (procréation, génétique, médecine prédictive, neurosciences, intelligence artificielle…) portent de plus en plus sur la définition et le devenir de notre humanité. Ainsi, le slogan des Etats Généraux de la Bioéthique en 2018 était-il « Quel monde voulons-nous pour demain ? »
En effet, l’évolution contemporaine de la médecine a déplacé les frontières de l’intervention thérapeutique : en amont de la maladie (dépistages, prévention, procréation…) et en aval (fin de vie, réanimation, transplantations d’organes…). Dans la plupart de ces domaines, les enjeux sont autant, voire davantage, sociétaux que médicaux ! L’intervention de la médecine aux frontières de l’existence accroit le champ de notre responsabilité collective et transforme les pratiques médicales en problèmes de société à forts enjeux moraux (qui doit naître et mourir et dans quelles conditions ?). Ainsi, les questions soulevées par ces pratiques doivent être discutées de façon rationnelle et pluraliste.
Par ailleurs, la mondialisation de la biomédecine occidentale mondialise également les questions éthiques associées à son développement. En 2005, l’UNESCO publiait une Déclaration universelle sur la bioéthique et les droits de l’homme, et en 2015 un ouvrage intitulé Pourquoi une bioéthique globale ? En 2005, la World Medical Association publiait un Manuel d’éthique médicale destiné aux « médecins et étudiants en médecine du monde entier ».
La bioéthique devrait ainsi suivre le développement de la biomédecine à travers le monde et s’imposer comme modèle. Mais ce sont les valeurs occidentales que l’on cherche à diffuser internationalement, soit certaines conceptions de la maladie, de la vie et de la mort, ou des principes comme celui d’autonomie, dans des contextes socio-culturels très différents. Une bioéthique globale ou universelle est-elle possible sans se transformer en imposition d’une pensée dominante ?
Aujourd’hui, contrairement à la vision qu’en avait V.R. Potter, la bioéthique constitue donc un sous-ensemble de l’éthique en santé ; elle concerne les questions soulevées par l’émergence des nouvelles biotechnologies et les questions que posent l’application à l’homme de ces avancées scientifiques. Elle a ainsi pour objet d’explorer des questions suscitées par l’avancement et l’application des technosciences biomédicales, et d'analyser le passage entre ce « qui est possible » et « ce qui doit être ».